Index du Forum

 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Le bord de l'arc

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum >>> contes, légendes, poésie ..... >>> Contes et légendes >>> nouvelles
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
farandole



Hors ligne

Inscrit le: 27 Oct 2008
Messages: 2 647
Féminin

MessagePosté le: Ven 17 Avr - 10:52 (2009)    Sujet du message: Le bord de l'arc Répondre en citant

Le bord de l’Arc 
 
De notre village, le bord de mer se trouve à trente kilomètres environ : Marseille plage, Cassis, Carry-le-Rouet, ou l'étang de Berre. Dans ma jeunesse il nous était impossible d'y aller faute de moyen de locomotion. Nous étions au début des années 40 en période de guerre, mais en "zone libre" où il ne se passait pas grand chose.  
 
Avec mes frères nous étions des privilégiés par rapport aux autres copains du village,  car nous avions de la famille qui habitait Fréjus plage :  une sœur de ma mère tante « Nénette ».Mon oncle Jean, était mon parrain, il était employé à la gare  SNCF de Saint-Raphaël. 
 
A la période des grandes vacances mes parents nous envoyaient avec mon frère Noël, passer environ un mois chez eux. Il y avait là mes cousins Louis et Fernand, et mes cousines Flavie et Josette 
 
 Fréjus plage était alors un immense marécage où poussaient des joncs et des roseaux, qui servaient d’abri à quelques gibiers d'eau, et surtout à une multitude de moustiques et autres bestioles nuisibles. On trouvait quelques rares habitations çà et là. 
 
Tous les après-midi vers les quatre heures, pas avant pour ne pas couper la digestion, ma tante nous emmenait à la plage. Nous marchions tous en file indienne derrière mon cousin Louis qui était le plus âgé de nous tous. Ma tante Nénette fermait la marche. La plage était belle, immense : elle allait de Fréjus jusqu’à Saint Raphaël. La semaine il n’y avait pratiquement personne, les rares baigneurs se trouvaient plutôt vers St Raphaël, sur la route parallèle à la plage où passaient quelques rares voitures. 
 
 A cette époque il n’y avait ni paillote ni plage privée. On voyait des pêcheurs à la ligne, au large quelques petites barques. Un après midi je vis pour la première fois un hydravion amerrir : nous fûmes ébahis de voir cet engin se poser sur l’eau comme un énorme oiseau. Un autre jour je vis à l'horizon une fumée noire comme s'il y avait un feu sur la mer. Je dis à ma tante : « Regarde ! Il y a un feu sur la mer ! » - « Non, c’est un bateau qui arrive ! » Répondit-elle. Je me disais en moi même : « Moi, je vois de la fumée pas un bateau ! ». Un petit moment après je vis apparaître un gros bateau qui se dirigeait vers la côte. C'est à cet instant que je me suis rappelé la leçon que le maître d'école nous avait faite : cela prouvait bien que la terre était ronde ! 
 
 Pour nous amuser dans l'eau nous avions une vieille chambre à air de voiture pleine de rustines. A tour de rôle, nous essayions d'apprendre à nager en l'utilisant. La plage était en pente douce, ce qui nous permettait d’avoir pied assez loin du rivage. Nous étions, bien sûr, sous la haute surveillance de ma tante. Après avoir pris plusieurs bains, nous commencions à trembler de froid. Nos lèvres devenaient toutes violettes, alors ma tante nous faisait sortir de l'eau, nous donnait le goûter qu’elle avait préparé pour tout le monde avant de partir, toujours le même : une bonne portion de pain, fourré de tranches de tomate arrosées d'huile d’olive : le fameux "pan bagnat" que les touristes, aujourd’hui, s’arrachent à un prix fou.  
 
Après avoir goûté, il nous était interdit de reprendre un bain, toujours pour ne pas entraver la digestion .Nous restions encore un bon moment à faire des jeux ou des châteaux de sable. Nous passions ainsi tout l’après-midi, puis venait l’heure de rentrer à la maison par le sentier qui bordait les marécages. 
 
Chez ma tante, il n’y avait pas l’électricité. Le soir, il ne fallait surtout pas allumer de lampe à pétrole, à cause des moustiques : la moindre lumière les faisait arriver par milliers. Devant la maison, mon oncle faisait un feu sur lequel il jetait de l'herbe fraîche pour faire de la fumée, et ainsi les éloigner. J’ai gardé de bons souvenirs de cette époque, chez mon parrain, tonton Jean et tante Nénette.   
 
De retour à la bastide, il nous restait un grand bassin d’arrosage en guise de mer et de plage de sable fin... Mais nous étions des privilégiés car ce bassin faisait usage de piscine : c’est là que nous les quatre frères avons appris à nager. Il était rempli par une eau qui venait de très loin, du quartier de la potasse par une galerie construite par les anciens, qui de nos jours ne sert plus à rien. Ce bassin n’était pas rempli tous les jours, l’eau avait le temps de se réchauffer au soleil. L’été, presque tous les midis et surtout le soir après une dure journée de travail, nous prenions un bon bain. Nous en profitions pour faire notre toilette, surtout au moment des moissons. Nous n’avions pas de savonnette parfumée, ni de shampooing, mais une grosse pièce de savon de Marseille, celui qui piquait les yeux ! 
 
Autour de ce bassin voletaient toutes sortes de bestioles : des libellules que nous appelions des « demoiselles »; il y en avait de toutes les couleurs, avec leurs ailes comme de la soie. Et aussi une multitude de papillons de toutes tailles, des multicolores aux formes variées qui n’existent plus de nos jours. Des grenouilles vertes « rainettes » faisaient concert toute la nuit : elles chantaient en chorale avec les grillons et les courtilières, accompagnées par le hululement des chouettes. Le soir, nous nous endormions bercés par cette musique que nous offrait la nature... J’aimerais bien la réentendre aujourd’hui…  
 
L'été, en période d'arrosage le bassin était plus ou moins plein. Cela ne nous empêchait pas de prendre le bain. Toute la journée, hirondelles et martinets venaient boire en descendant en rase motte ; notre présence ne les empêchait pas de faire leurs écopages. Lorsque le niveau du bassin était au plus bas, il arrivait que l'une d'elles soit prise de court et ne puisse reprendre de l’altitude : elle allait frapper contre le mur du bassin, qui souvent mourait noyée. Avec mon frère Noël, nous en avons sauvé plusieurs : lorsqu'elles étaient encore en vie, mais incapables de reprendre leur vol nous les prenions, les essuyions le mieux possible, les déposions sur un bout de vieux tricot de laine dans une boîte à chaussures que nous avions au préalable percée de quelques trous pour qu'elles puissent avoir de l’air. Souvent, le lendemain elles avaient repris de la vigueur. Alors nous étions heureux de les relâcher : nous les regardions reprendre leur vol, et nous estimions avoir fait une bonne action…  
 
A l'époque, au village, il n'y avait rien pour prendre un bain ou apprendre à nager. Les piscines n’existaient pas et la mer était trop loin. Mais à environ trois kilomètres il y avait l'Arc, rivière qui prend sa source dans le département du Var, non loin du village de Pourcieux, et qui serpente ensuite entre la montagne Sainte Victoire et le mont Olympe traverse le pays d’Aix en Provence pour aller finir sa course dans l’étang de Berre. 
 
A l’époque des Romains, en l’an 101 av. J.C, un consul nommé Marius Caius attendit pendant plus de deux ans, dans la vallée de l’Arc, des hordes de barbares : les  Teutons et les Cimbres venus du nord-est de l’Europe, qui pillaient tout sur leur passage....Une terrible bataille s’ensuivit dans la vallée de l’Arc : dans la plaine de Trets - St Maximin il y eut tellement de morts, d’après l’histoire (ou la  légende ) que l’eau de la rivière fut toute teintée de rouge du sang versé : les Romains tuèrent tout le monde : hommes, femmes et enfants, même les chiens ; un véritable carnage... Toujours d’après la légende le village de Pourrières, qui se trouve à proximité de la voie Aurélienne actuelle (N.7), porterait ce nom à cause de l’odeur pestilentielle des cadavres que Caius Marius avait laissés sans sépulture dans la plaine. Il paraît que pendant plusieurs années, les paysans de Pourrières se servirent des ossements (tibias et fémurs) comme tuteurs pour la vigne .… Il reste au bord de la rivière aux environs de la ferme dite la Grande Pugère, (qui au début du siècle dernier était encore un relais de poste) une borne romaine point de halte des légions qui s’arrêtaient de préférence à proximité d’un point d’eau tous les 40 kilomètres environ. 
 
 Il paraît que dans les temps anciens l’Arc était navigable…. Il est vraisemblable que les paysans de l’époque aient transporté sur des barques à fond plat une partie de leurs récoltes par voie fluviale vers Aix-en-Provence. Il existe en France un droit de passage le long des rivières pour que les hommes ou les chevaux puissent haler les bateaux. Alors pourquoi pas au bord de l’Arc ? Sur la commune de Fuveau l’Arc s’étend sur une longueur d’environ cinq kilomètres. Entre la commune de Rousset s/Arc et celle de Meyreuil, trois ponts enjambent la rivière : le pont dit de Rousset, celui dit de Nardi, et le pont de la Barque. Beaucoup de personnes s’interrogent aujourd’hui sur ce nom de « la Barque » qu'on a donné à ce petit hameau qui fait partie de la commune de Fuveau bien qu’il se trouve à trois kilomètres du village.  
 
On raconte que jadis, les gens qui se rendaient à Aix en Provence ou en revenaient étaient obligés de traverser la rivière dont les eaux étaient plus hautes qu’aujourd’hui. Il ne devait pas y avoir de pont (toujours d’après le légende, ou l’Histoire) un passeur moyennant une pièce de monnaie devait faire traverser la rivière en barque : les gens allaient "à la barque"... Sans doute n'y avait-il pas beaucoup d'habitants entre le village de Fuveau et la rivière, à part quelques fermes d’où le nom de la Barque qui lui est resté pour toujours.  
 
Plus tard on construisit un pont. (Il reste des vestiges du pont et d’un moulin). Dans ma jeunesse le hameau de la Barque s’appelait les « quatre chemins ». Au carrefour des quatre chemins (par la suite devenu une route) se dressait une borne qui tenait lieu de giratoire : il fallait la contourner avec priorité à droite. Pour la petite histoire, tous les matins j'en faisais le tour avec Margot mon ânesse pour livrer le lait à l’épicerie du coin. Actuellement le péage de l’autoroute de la Barque est le point de passage des touristes venus de toutes les régions de France et de Navarre, pour profiter du beau soleil de Provence. En période de vacances lorsque les Aoûtiens et les Juillettistes se croisent, ils passent à quelques mètres d’un endroit où des générations sont passées. Sans embouteillages à cette époque là !. La barque du passeur a disparu mais le nom a subsisté. 
 
A la belle saison toute la jeunesse du village, des plus petits  aux plus grands allait se baigner dans l’Arc, à des endroits différents. On y descendait à pied, quelques rares privilégiés à bicyclette (à deux ou parfois à trois sur la même). Nous faisions rarement partie de l’équipe, car ces jours là il nous fallait travailler aux champs, surtout en cette saison. 
 
Chaque endroit portait un nom, souvent c’était le nom d’un fermier, d’une bastide ou d’un pont que tous les gens du village connaissaient, qui de nos jours sont oubliés : en partant du premier pont en amont, il à le pont de Rousset, qui fait limite avec la commune de Fuveau. Sous ce pont la nappe d’eau, en forme de cercle était d’une grande profondeur : seuls ceux qui savaient nager pouvaient s’y aventurer. Le pont est métallique. Parmi les jeunes, certains pour épater les copains plongeaient de la partie inférieure, même quelques téméraires plongeaient debout sur le parapet, ce qui faisait déjà une bonne hauteur. Mais pour certains, l’arrivée dans l’eau n’était pas toujours réussie... Au bout de quelques plongeons ils avaient le ventre rouge !...  
 
A quelques centaines de mètres en aval, il y avait un autre endroit pour se baigner. Ce quartier se nomme Favari, ou St Mitre, non loin de la bastide entourée de grands platanes qui à l’époque avait comme fermiers la famille Corgiat. Du bord de la route on aperçoit l’oratoire de St Mitre. Cet endroit était magnifique pour la baignade. Pour y accéder, face à la route de Fuveau en empruntant celle dite des Baumouilles, on traversait la celle de Trets, et l’on descendait le chemin de terre qui traverse un grand champ en direction de l’oratoire. La rivière est en contrebas. Après avoir descendu la butte par un petit sentier, on arrivait au bord de l’eau. A cet emplacement à quelques mètres de la rivière, se dressaient quatre platanes plantaient en carré par les anciens, au centre desquels se trouvait comme une piste de danse en terre battue. A cette époque, l’endroit était propre, et entretenu par les gens qui venaient passer la journée. De nos jours tout a totalement disparu sous la végétation. 
 
Certains dimanches à la belle saison, des familles entières descendaient à pied par la route des Baumouilles pour passer la journée. Les femmes portaient leurs paniers, les hommes avaient un cageot sur l’épaule, certains tiraient leur charreton où étaient assis un ou deux de leurs enfants leurs  (minots). Tout ce monde descendait manger la côtelette, ou la salade de tomates. Contre la butte, les anciens avaient capté une source avec un petit tuyau. Cette eau tombait dans une magnifique petite conque en pierre, toute entourée de mousse. Il y coulait une eau fraîche et limpide. Arrivés sur place, la première des choses que faisaient les hommes était de mettre les bouteilles au frais dans la conque pour le repas du midi. On pouvait aussi voir flotter un motte de beurre ou un melon... Lorsqu’il n’y avait plus de place dans la conque, certains attachaient les bouteilles de vin à une corde et les plongeaient au plus profond de la rivière pour qu'elles restent fraîches, car à cette époque il n’y avait pas de glacière.  
 
Aussitôt arrivés les plus jeunes étaient les premiers à se mettre à l’eau sous la surveillance des plus grands. Ils plongeaient du bord, nageaient d’un bord à l’autre. Ils y prenaient un plaisir immense qu’ils n’avaient pas tous les jours.    
 
Peu avant l’heure du repas de midi, après la traditionnelle partie de boules, les hommes allumaient le feu entre deux pierres pour faire la braise de la grillade. Certains avaient apporté leur fagot de sarments de vigne « avisis ». La grillade était composée différemment selon les goûts de chacun : soit des côtelettes, ou des tranches de gigot, saucisses, andouillettes, de la morue, le tout accompagné de tomates coupées en deux, et assaisonné d’herbes de Provence. (Les merguez n’étaient pas encore au goût du jour !) Pour les hommes, c’était l’heure du pastis... Ha ! Ce fameux pastis !... Fait avec de l’eau de vie, la" blanche", distillée à l’alambic de Mr Barthélemy, avec un mélange d’herbes spéciales. Tous le dégustaient avec l’eau fraîche de la petite source, la fameuse source de « Favari » !,  
 
Le temps de faire diminuer le niveau de la bouteille de  pastis, les grillades étaient cuites à point, elles dégageaient une appétissante odeur. Il fallait dresser une table de fortune à même l’herbe. Les familles s’installaient sur de vieilles couvertures, un cageot renversé faisait fonction de table, enfin chacun s’installait comme il pouvait. Certains étaient assis à même l’herbe, une grosse tranche de pain leur servait d’assiette, cela se passait à la bonne franquette. Personne n’avait oublié de sortir les bouteilles de vin qui était dans la conque, ou au fond de la rivière. Chacun dégustait sa grillade en vantant son boucher : une femme disait : "Moi, je me sers toujours chez Gouirand, il a de la bonne viande ! " Une autre répondait : " Moi, je me suis toujours servie chez Janet " Une répliquait " Chez Gouirand, la charcuterie est meilleure !» Chacune y allait de sa réflexion!... Surtout qu’à cette époque il y avait au village cinq bouchers–charcutiers.  
 
 Le repas terminé et surtout bien arrosé, certains s’écartaient du groupe pour faire une sieste réparatrice à l’ombre des grands peupliers « piboules ». Ils étaient souvent perturbés par les mouches, et autres bestioles que l’on trouve au bord de l’eau. Il y avait parfois un couple ou deux d’amoureux, « lei calignaïres », qui, en douce faussaient compagnie au groupe…. 
 
En principe chaque fois qu’il y avait une expédition pour passer la journée au bord de l’Arc, Mr Pisson, facteur du village, à l’occasion accordéoniste, était présent. (Bien sûr, rien à voir avec Yvette Horner ou Aimable !) Il jouait toujours les mêmes morceaux d’une manière saccadée, sans jamais varier son répertoire, mais cela faisait l’affaire des convives. Après avoir arrosé avec des bouteilles d’eau la piste de danse pour éviter de faire de la poussière, Mr Pisson s’installait à l’ombre dans un coin de la piste, et après avoir fait quelques accords, le bal commençait. Quelques minutes après les danseurs avaient les jambes enveloppées de poussière.  
 
Pour la petite histoire, pendant la guerre, tous les bals étaient interdits, mais la jeunesse du village voulait malgré tout s’amuser ; j’ai souvenir d’avoir vu un bal clandestin (comme on les appelait à cette époque) sur le pont du Garias (route des Michels). Mr Pisson était assis sur le rebord du pont avec son piano à bretelles, et quelques couples de jeunes dansaient au milieu de la route.Un autre bal clandestin avait lieu dans un grenier du quartier de « Montre ».Je n’ai plus  souvenir du nom du propriétaire des lieux. Les jeunes lui avaient donné un nom : « Le Tremblant », parce que lorsqu’ils dansaient le plancher tremblait sous leurs pieds. 
 
 Ce bal était organisé par un dénommé « Tatave », un jeune marseillais qui était venu comme bien d’autres se planquer à Fuveau, pour ne pas partir au « STO »( Service Travail Obligatoire) en Allemagne. Cela faisait le bonheur de quelques couples de jeunes. Un soir, sur une dénonciation il y eut une descente des gendarmes : les jeunes eurent juste le temps de sauter par la fenêtre qui donnait à l’arrière de la maison.... Il y avait d’autres endroits où ils dansaient clandestinement : à la bastide de la Foux, au château Bourrelly, à Cassagne. Certaines personnes âgées du village trouvaient à redire, sous prétexte que nous étions en période de guerre... S’ils avaient eu vingt ans eux aussi, ils auraient fait la même chose ; et puis il fallait bien que jeunesse se passe ! Étaient-ils jaloux de la jeunesse ? Possible... 
 
Dans le courant de l’après midi, les enfants étaient presque tous dans l’eau accompagnés de quelques adultes. Tout ce monde s’en donnait à cœur joie. A cette époque l’eau était claire et limpide, en plein été le niveau ne baissait presque pas, car plusieurs ruisseaux se jetaient dans l’Arc, il y avait surtout le puits de mine inondé de Rousset s/Arc qui l’alimentait. De nos jours, cette eau sert à alimenter la centrale thermique de Gardanne, et l’usine Péchiney. Il existe deux colonnes le long de la voie ferrée pour acheminer cette eau, dont le volume se chiffre à des milliers de mètres cubes par jour. 
 
Le soir c’était encore l’heure du pastis, le reste du midi. Il n’était pas question de rapporter à la maison un fond de bouteille!... Une dernière fois ils dégustaient cet élixir à la santé de tous. Certaines familles remontaient au village vers la fin de l’après midi, d’autres restaient pour le repas du soir qui était pris bien avant la tombée de la nuit. Le repas était bien souvent fait de pas grand-chose : des restes du repas du midi, accompagnés d’une salade de tomates. Tout le monde était respectueux des lieux : avant de partir on ramassait tout et on laissait l’emplacement comme on l’avait trouvé le matin.  
 
Une fois le petit repas du soir terminé, c’était avec regret qu’ils quittaient le bord de l’Arc pour regagner le village. Les voilà sur la route des Baumouilles. Les enfants étaient fatigués tant ils avaient dépensé d'énergie durant la journée; certains étaient sur les épaules de leur père, d’autres étaient assis sur le charreton, quelques-uns pleurnichaient. Tout le monde ressentait plus ou moins la fatigue. Certains hommes marchaient difficilement : ils n’avaient pas tout à fait éliminé le pastis à l’eau de vie ! Mais tant bien que mal, tout le monde arrivait à bon port. 
 
Pour certains le lendemain c’était dur de reprendre le travail, soit à la mine, soit dans les champs. Mais ils avaient passé une bonne journée à l’ombre des platanes de St Mitre. De nos jours, plus personne ne connaît tout cela ; les temps ont bien changé... 
 
Dans le courant de l’été, à l’époque du patronage où se retrouvaient tous les enfants du village «toutes tendances confondues ! »  Mr le curé Moisan nous emmenait souvent prendre le bain dans l’Arc. Il nous conduisait à un endroit que tout le monde appelait le «Comptoir ».Cet endroit se trouvait entre le pont de « Nardi » et la chapelle St Jean de Mélissane. Il avait une particularité : à la sortie d’un virage, l’Arc avait formé comme une petite plage, légèrement inclinée, de sable et de petits galets. Nous, les enfants nous avions pied sur une longueur d’une vingtaine de mètres, cela faisait l’affaire de ceux qui ne savaient pas encore nager. Mr le Curé avait autorisé les plus grands qui savaient nager à aller jusqu’au virage. C'était la limite ! Gare à celui qui ne la respectait pas ! La sanction tombait : pas de bain à la prochaine sortie au bord de l'Arc !. 
 
 Un jour à notre grand étonnement, nous vîmes Mr le Curé quitter son grand chapeau noir de chanoine, et commencer à déboutonner les 33 boutons de sa soutane. Nous regardions les yeux écarquillés... Et voilà notre bon curé en maillot de bain blanc rayé de noir ! Ce maillot était particulier : il partait des épaules et descendait jusqu'à mi- cuisse. Mr le Curé avait les jambes blanches comme de la craie; nous étions tous pris de fou rire. Il nous dit : « cela vous fait rire de voir Mr le Curé en maillot ! Eh ! bien, mes enfants il faudra vous y habituer ! » Mr le Curé était un brave homme. Il fit beaucoup de bien dans le village, en particulier auprès des familles nombreuses défavorisées. Trop souvent hélas, une fois leurs enfants devenus adultes, certains lui ont tourné le dos, croyant à des étoiles autres que celles qui brillent au firmament ! Les mêmes, quelques années plus tard ont déchanté... Mais l’homme est ainsi fait… 
 
Les expéditions au bord de l’Arc étaient organisées uniquement par un groupe de parents dont les enfants fréquentaient les écoles communales. Je n’y ai jamais vu un groupe de parents dont les enfants allaient à l’école libre, pour diverses raisons.... Bêtises d’adultes ….  
 
Notre village est bâti sur un rocher, c’est l’un des plus beaux villages des alentours. Malheureusement il y avait, et il y a toujours, deux clans : celui d’en bas et celui d’en haut. Aucun mélange d'un clan avec l'autre pour des raisons de croyance, d’écoles, de quartier, et surtout d’opinion politique. Il fut un temps où il eût été impensable de voir un mariage entre deux jeunes gens d’un clan opposé. Il n'y avait qu’un endroit où nous, les enfants étions tous réunis : c’était le catéchisme, et le patronage du curé, Mr Moisan qui lui ne faisait aucune différence. Tout au moins, il ne le faisait pas voir.... Car bien que les parents des élèves de l’école de la République, fussent des antéchrists acharnés, certains de leurs enfants ont servi la messe. 
 
Les années passent, les vieux disparaissent, les enfants reprennent le flambeau et perpétuent ce climat d’animosité qui n’existe dans aucun autre village des environs. Il est bien dommage que les hommes n’arrivent pas à s’entendre, pour le bien de tous. Vraiment dommage... Car notre village est si beau, et il y fait si bon vivre…. 
 
" L’amitié et la paix ne sont pas des dons de Dieu à ses créatures, ce sont des dons que nous nous faisons les uns aux autres ".  


L'amitié double les joies et réduit de moitié les peines.

this.previousSibling.style.display = 'none';" />


Revenir en haut
Publicité







MessagePosté le: Ven 17 Avr - 10:52 (2009)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum >>> contes, légendes, poésie ..... >>> Contes et légendes >>> nouvelles Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com
Thème réalisé par SGo